L’avis public de la FCC se lit comme une fiche technique, pas comme une salve. Publié le 28 juillet 2026, DA 26-786 ajoute les « dispositifs robotiques avancés » produits à l’étranger à la Covered List du cadre Secure Networks, et la définition qu’il en donne ne contient pas un mot d’anthropomorphisme. Ni bipédie, ni main, ni visage, ni équilibre dynamique. Quatre conditions, cumulatives, suffisent à faire tomber un engin dans le périmètre — telles que les rapporte There’s a Robot For That, la publication indépendante qui en donne la lecture la plus détaillée. Le texte de l’avis lui-même, document public, n’a pas été lu ici : tout ce qui suit sur la définition repose sur ce seul relais.
- une locomotion au sol avec évitement d’obstacles et navigation ;
- un fonctionnement à distance d’un opérateur humain, par commande ou par données de capteurs ;
- une masse supérieure à 2 kg, dock compris ;
- la présence simultanée d’un capteur d’environnement, d’une connectivité filaire ou sans fil d’au moins 200 kbit/s et d’un logiciel de navigation ou d’autonomie décisionnelle.
Mises bout à bout, ces conditions ne dessinent pas un humanoïde : elles dessinent un appareil mobile connecté qui pèse plus qu’un jouet. Washington ne réglemente pas des jambes. Il réglemente un chemin de données.
Ce que le texte attrape, et ce qu’il épargne par écrit
Le périmètre se lit aussi en creux. La Fédération internationale de robotique relève deux points : le critère de rattachement est le lieu de production du matériel et non la nationalité du fabricant, et les robots industriels — articulés, cartésiens, SCARA, parallèles — sont expressément exclus. La robotique industrielle sort du périmètre par la porte, tandis que l’engin mobile piloté à distance y entre par la fenêtre.
La mesure est aussi plus étroite qu’annoncé : elle bloque l’homologation des seuls nouveaux modèles. Les appareils déjà homologués et déjà achetés restent utilisables, comme le notent The Robot Report et heise ; aucun parc installé n’est débranché. Ce détail change la lecture du calendrier : toujours selon There’s a Robot For That, et sans recoupement à ce stade, Unitree avait obtenu l’homologation FCC de son R1 le 22 juin, puis celle du H2 et du quadrupède A2 le 30 juin, quelques semaines avant l’inscription. Une action parallèle vise les onduleurs connectés produits à l’étranger, ceux déjà installés chez les particuliers américains n’étant pas concernés, rapporte TechCrunch. Le motif se répète : l’objet visé est une boîte qui parle au réseau depuis un domicile.
Une règle d’usine, puis un questionnaire de renseignement
Si le rattachement se fait par l’usine, la conformité s’obtient en déplaçant une usine. Le seuil de contenu américain applicable est de 65 % du coût des composants pour les livraisons de 2024 à 2028, au sens du standard Buy American de 48 CFR 25.101(a), et il monte à 75 % à partir de 2029 — chiffrage rapporté par There’s a Robot For That, sans recoupement lui non plus, et qui relève d’un standard tiers, pas de la lettre de l’avis. On ne parle plus de robotique, on parle de BOM et de chaîne d’approvisionnement.
La voie de sortie confirme la nature de l’exercice. La Conditional Approval, accordée au cas par cas par le Department of War pour les robots et par le Department of Homeland Security pour les seuls onduleurs, exige la divulgation de l’actionnariat, des investisseurs, de la chaîne d’approvisionnement, de l’architecture logicielle et micrologicielle et des contrôles de cybersécurité. Ce n’est pas une formalité douanière, c’est un questionnaire de renseignement — et qu’il porte sur le micrologiciel dit assez que l’objet de l’inquiétude est le lien, pas le membre. Forbes rappelle le fondement invoqué, le Secure and Trusted Communications Networks Act, et rapporte que le président de l’agence, Brendan Carr, dit agir de concert avec les agences de sécurité nationale pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques. Faute d’avoir pu remonter au communiqué de la FCC, qui trancherait, cette déclaration est restituée au discours indirect, sur la foi de ce seul média.
Les machines qui rendent un service, cette semaine, sont au bout d’un fil
Le plus troublant n’est pas le texte : c’est que l’état de l’art le valide mot pour mot. Le 29 juillet, la jeune pousse Tau Robotics rend public à San Francisco un service de ménage à domicile assuré par des humanoïdes, facturé 30 dollars de l’heure et réservé à des candidats sélectionnés. Tout ce que l’on en sait vient d’un seul reportage, celui d’ABC7, non recoupé à ce jour. Selon ce reportage, les machines sont téléopérées depuis un site central, avec assistance de l’IA : elles ne disposent d’aucune autonomie décisionnelle, et l’IA ne peut pas les piloter seule. Toujours selon ABC7, le cofondateur Alex Koch limite lui-même les tâches déjà fonctionnelles à l’aspiration et à l’essuyage sommaire d’un plan de travail de cuisine, tandis que le roboticien Ken Goldberg juge qu’il est trop tôt et dit qu’il serait très surpris si ces machines accomplissaient un travail de ménage réellement utile. Un corps distant, un opérateur, une liaison : la définition de la FCC en version commerciale.
L’usine à données obéit à la même contrainte. Chez Neura Robotics, à Metzingen, chaque cellule de Neura Gym associe un humanoïde à un équipement de téléopération, le « Motion Suit », porté par un salarié ; des caméras de suivi enregistrent le geste pendant que l’humain exécute la tâche, et le robot en apprend la séquence par imitation learning, décrit le compte rendu d’automationspraxis. L’humain n’est pas dans la boucle par prudence : il est la boucle.
Quant au modèle VLA (Vision-Language-Action) publié cette semaine, il documente lui-même sa limite. Sur l’humanoïde Apollo 2 d’Apptronik équipé de préhenseurs SharpaWave — des mains à cinq doigts comptant 22 degrés de liberté (DOF) chacune, précise marktechpost —, Google DeepMind mesure, avec Gemini Robotics 2, 92 % de réussite pour dévisser une ampoule et 36 % pour la visser. La même publication donne, sur la plateforme bi-bras à préhenseurs Franka Duo, 89,6 % en insertion de précision et 78,9 % en préparation de kits d’outils variés (kitting) : au-dessus de toutes les tâches mesurées sur main multi-doigts. La manipulation dextre reste le goulot — sur tout ce qui a été mesuré, les deux bras font mieux que la main à 22 DOF. Seule vraie économie de données, le modèle embarqué Gemini Robotics On-Device 2 s’adapte à une nouvelle plateforme bi-bras avec moins de 200 exemples de démonstration collectés en quelques heures.
Reste l’échelle. Environ 15 000 humanoïdes ont été expédiés dans le monde sur l’année écoulée, selon le Taipei Times, qui crédite Unitree et Agibot de plus de 5 000 unités l’une comme l’autre quand Tesla et Figure AI en expédient au mieux quelques centaines. Un décompte concurrent repris par Forbes attribue 87 % des expéditions aux entreprises chinoises et détaille 5 168 unités pour Agibot, 4 200 pour Unitree et 1 000 pour UBTech — des chiffres qui ne se recoupent ni entre eux ni avec les précédents. Sur les totaux, le secteur qu’on réglemente ne sait pas encore se compter. Sur un point, en revanche, les compteurs tombent d’accord : la part chinoise tourne autour de 85 % — l’estimation de Barclays, celle d’une étude japonaise pour 2025, le décompte de Leaderobot qui la place au-dessus de 80 % sur quelque 13 000 unités livrées, et les 87 % du décompte repris par Forbes. C’est le seul chiffre de ce dossier sur lequel quatre estimations indépendantes convergent.
Le contrechamp de Pékin vise le tuyau lui-même
Le lendemain de l’avis, sept ministères conduits par le MIIT — le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information — lancent un programme national de type « 揭榜挂帅 » consacré aux robots humanoïdes et à l’IA incarnée, relayé le 30 juillet par le Quotidien du Peuple en page 11. Tout ce qu’on en sait vient d’un seul compte rendu, celui de l’agrégateur Xintouyan, non recoupé à ce stade : ni l’avis du MIIT ni l’édition du Quotidien du Peuple n’ont été lus directement. Selon ce compte rendu, la cible 2028 est un modèle de fondation robotique multimodal coordonnant au moins quatre modalités — vision, langage, retour d’effort et de toucher, état corporel du robot —, un taux de précision de perception et de reconnaissance en multi-scénarios supérieur ou égal à 96 %, et des modèles du monde embarqués en périphérie relevant d’une propriété intellectuelle nationale. Rien ne documente le calendrier d’élaboration de ce programme ; la lecture qu’on peut en proposer est moins celle d’une riposte que d’une convergence de diagnostic — l’un réglemente le lien, l’autre planifie sa suppression.
La riposte, elle, est verbale. Le ministère chinois du Commerce exige le 30 juillet le retrait immédiat de l’inscription, dénonce un traitement discriminatoire et prévient qu’il prendra des « contre-mesures résolues » si Washington persiste, rapporte le Global Times ; la veille, Mao Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, répondait à un journaliste de Bloomberg que Pékin s’oppose fermement à l’extension du concept de sécurité nationale pour réprimer les entreprises chinoises et prendra « les mesures nécessaires », selon le compte rendu du Beijing Daily. En arrière-plan, une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping est attendue en septembre, et le titre UBTech coté à Hong Kong a reculé de plus de 6 %, note TNW.
Un garde-fou pour finir, parce que la semaine s’est achevée sur une image : le 30 juillet, Lei Jun relaie une vidéo d’usine, rapportée par Sina, où un robot Xiaomi plie et range des caisses tandis qu’un second filme la scène et esquisse un geste de victoire. Le constructeur présente la séquence comme relevant de l’autonomie décisionnelle permise par un modèle d’IA incarnée ; aucune vérification indépendante du niveau d’autonomie n’est apportée, et la pièce elle-même n’a pas pu être visionnée à sa source. Une démonstration filmée ne dit pas qui tient le manche.
Trois choses se vérifieront vite : qui dépose un dossier de Conditional Approval, et jusqu’où va réellement la divulgation d’architecture logicielle exigée ; l’introduction en Bourse d’Unitree, dont le calendrier publié par la Bourse de Shanghai fixe la consultation préliminaire de prix au 5 août et l’ouverture des souscriptions au 10 août, premier verdict de marché rendu après l’inscription ; et le premier prototype physique d’humanoïde de BYD, que le groupe a confirmé au China Securities Journal présenter en août dans ses espaces « Di Space ». Chaque fois, la même question, devenue aussi une question de droit américain : la machine décide-t-elle, ou reçoit-elle ?
