Trois séries de chiffres ont été publiées entre le 11 et le 17 août, et aucune ne dit seule ce que les trois disent ensemble. La première décrit une offre de titres : 150,80 yuans l’action, 6,099 milliards levés, une société valorisée à 60,993 milliards. La deuxième décrit un produit : le ticket d’entrée du même constructeur est tombé d’environ 650 000 yuans en 2023 à 26 900 yuans cette année. La troisième décrit l’usage : environ 19 100 expéditions mondiales au semestre, et un désaccord ouvert sur la part des machines qui travaillent pour de bon. Ensemble, elles disent que la rareté payée cette semaine n’est pas celle du robot.

Une rareté fabriquée, du côté du papier

Unitree sera cotée le 19 août au compartiment STAR de la Bourse de Shanghai sous le code 688836 (chnfund.com). L’émission porte sur 40 446 400 actions nouvelles à 150,80 yuans, soit 6,099 milliards de yuans levés et une valorisation d’environ 60,993 milliards à la cotation (chinanews.com.cn). Rapportée au chiffre d’affaires 2025 — 1,708 milliard de yuans, après 392 millions en 2024 et 159 millions en 2023 —, la valorisation ressort, calcul fait, à près de 36 fois le revenu  rapportée au bénéfice net 2025, 288 millions de yuans (source secondaire unique, chinanews.com.cn), à plus de 210 fois.

Ces multiples ne se lisent pas sans la mécanique qui les fabrique. Sur environ 404 millions d’actions après émission, 30 087 700 seulement seraient librement négociables au début de la cotation, soit 7,44 % du capital — et la société signale elle-même un risque de liquidité insuffisante. Ce point ne repose que sur une source secondaire unique, chnfund.com. La souscription en ligne a dépassé 8 288 fois le nombre de titres offerts — c’est le multiple final de la seule offre en ligne, après clôture —, ce qui a déclenché le mécanisme de rétrocession  22 650 148 actions sont ensuite allées aux institutions et 9 707 000 au public, pour un taux d’attribution final de 0,01809759 %, soit, calcul fait, une action servie pour environ 5 500 demandées (sina.cn). Le tirage au sort a produit 19 414 numéros gagnants, à 500 actions chacun, soit 75 400 yuans à verser par lot. Le dossier, lui, aurait été instruit en une centaine de jours, de l’acceptation du 20 mars 2026 à la prise d’effet de l’enregistrement le 2 juillet (source secondaire unique, chinanews.com.cn).

Un flottant minuscule, une procédure express, un carnet d’ordres des milliers de fois plus large que le papier disponible : le prix qui sort de là mesure d’abord une contrainte d’offre. DeepSeek figure parmi les investisseurs du placement stratégique de l’opération (roboticsandautomationnews.com).

Le produit, lui, s’effondre en prix

La même semaine livre l’autre bout de la chaîne. Le tarif d’entrée de gamme d’Unitree est passé d’environ 650 000 yuans pour le H1 en août 2023 à 26 900 yuans pour le R1 à deux bras en 2026, soit une baisse de 95 % en trois ans, la version de base du G1 restant affichée à 85 000 yuans. Le BOM (nomenclature de composants) du G1 est évalué à environ 41 600 yuans, pour une marge brute de 40,7 % — ce ratio est rapporté tel quel par la source, il ne se déduit pas du prix affiché du G1 de base et ne couvre donc pas le même périmètre. La déflation n’est pas une braderie, elle est industrielle et rentable. Ces deux chiffres — la baisse de 95 % comme le BOM — proviennent d’une seule source secondaire, wap.stockstar.com.

Les volumes suivent la même pente, tous rapportés par des reprises secondaires uniques. Plus de 40 000 humanoïdes auraient été produits en Chine au seul premier semestre 2026, contre 14 400 unités sur l’ensemble de 2025  la ligne G1 de Hangzhou tournerait à 200 unités par mois et viserait 500 au quatrième trimestre (wap.stockstar.com). Unitree cumulerait environ 18 000 bipèdes produits en juillet 2026, tous modèles confondus hors plateformes à roues et architectures hybrides, dont plus de 11 000 G1 (humanoidsdaily.com). Le prix de vente moyen (ASP) des humanoïdes industriels de série démarrerait au-delà de 14 800 dollars, le haut de gamme dépassant 59 000 dollars (trashbox.ru).

Expédier n’est pas mettre au travail

Troisième série, la plus inconfortable. Smart Analytics Global compte environ 19 100 expéditions mondiales d’humanoïdes au premier semestre 2026 (globaltimes.cn), en progression de 272 % sur un an, dont plus de 97 % pour les constructeurs chinois — les six premiers vendeurs mondiaux en volume sont tous chinois, pour 87,87 % cumulés (finance.biggo.com).

Deux précautions de lecture s’imposent, et personne ne les prendra à notre place.

  • Production n’est pas expédition. Les 40 000 unités produites en Chine et les 19 100 expéditions mondiales ne mesurent ni la même chose ni le même périmètre. On les affiche côte à côte  on ne les additionne jamais.
  • Expédition n’est pas mise au travail. Deux reprises secondaires concordantes, finance.biggo.com et wap.stockstar.com, donnent plus de 70 % des expéditions du semestre en usage industriel et commercial, contre environ 50 % un an plus tôt — mêmes chiffres à deux jours d’écart, et rien n’établit qu’ils remontent à deux relevés distincts. Une enquête du média automobile chinois Gasgoo, relayée elle aussi par une seule source secondaire (trashbox.ru), estime à l’inverse que moins de 15 % des humanoïdes expédiés sont affectés à des tâches de production réelles. Ce n’est pas contradictoire : la première série compte la destination facturée, la seconde le travail effectué. Une part importante du reste part chez des partenaires et des actionnaires pour des essais internes, dans des centres de recherche pour la collecte de données d’entraînement, dans des salons et des centres commerciaux.

Le chiffre de productivité le plus spectaculaire de la semaine ne vient d’ailleurs pas d’un humanoïde. X Square Robot a diffusé le 12 août un direct d’une heure non monté sur X et YouTube, compteur arrêté à 1 816 colis, pour un taux de réussite annoncé supérieur à 98 % (pandaily.com). Le système est une station fixe à deux bras, équipée de préhenseurs conçus pour la tâche, sans mains à cinq doigts ni manipulation dextre (humanoidsdaily.com)  la cadence est attribuée au modèle de fondation robotique WALL-B, qui remplace des règles écrites à la main par une politique apprise décidant du traitement de chaque colis. L’objectif affiché avant le chronomètre, 1 248 colis par heure, correspondrait à la moyenne horaire de Figure sur son marathon autonome de 200 heures (source secondaire unique, pandaily.com). Chez Figure, le millième Figure 03 est sorti de l’usine BotQ, jalon rapporté le 16 août sans date de production précisée (humanoidsdaily.com)  le déploiement à l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud, consiste à prélever des composants non triés dans de grands bacs pour les placer dans des chariots de séquencement (humanoid.press). Là où la cadence explose, ce n’est donc pas la forme humanoïde qui la produit : c’est une station fixe à deux bras, sans manipulation dextre.

Ce que le cours ne cote pas

Unitree est cotée en championne la semaine même où AgiBot lui prend la première place mondiale en volume expédié, avec 44 % de part de marché au premier semestre  en 2025, la première place revenait à Unitree, avec 5 500 unités sur l’année. Et si l’on isole les humanoïdes du chiffre d’affaires 2025 — 867,8 millions de yuans sur 1,708 milliard, selon la seule source qui publie cette ventilation, roboticsandautomationnews.com —, la valorisation ressort, calcul fait, à environ 70 fois le revenu de l’activité même qui porte l’histoire boursière.

Reste ce qu’aucun cours ne mesure. Brett Adcock a déplacé cette semaine le goulot d’étranglement de la filière : selon lui, la production de masse du matériel n’est plus l’obstacle principal, la contrainte déterminante étant désormais l’autonomie décisionnelle apportée par l’IA embarquée. Il annonce un troisième client commercial, des premiers partenaires au retour sur investissement positif, et une cadence tenue de 2,9 secondes par colis sur 200 heures consécutives là où le client exigeait 3 secondes — annonces d’entreprise relayées par une seule source secondaire (humanoidsdaily.com). C’est la seule variable de la semaine à n’avoir aucun cours de Bourse. Derrière, la file d’attente se forme déjà : AI² Robotics préparerait une entrée en Bourse à Hong Kong, banques mandatées et cotation visée dès 2027, pour une valorisation supérieure à 20 milliards de yuans après ses tours de 2025 et 2026 — sans confirmation publique de l’entreprise à ce stade, et sur la foi d’une seule source secondaire (roboactu.fr).

La semaine qui vient tranchera une partie de tout cela. Le 19 août donne le premier cours, et l’écart entre les 150,80 yuans d’émission et ce que le marché consent avec un flottant annoncé à 7,44 % dira lequel des deux prix on a coté : celui d’une entreprise, ou celui d’une pénurie de papier. Trois autres bornes suivront, plus lentement : la ligne G1 doit passer de 200 à 500 unités par mois d’ici le quatrième trimestre  le volume annuel 2026 est projeté jusqu’à 60 000 unités, voire près de 100 000, après environ 19 100 au semestre — projection elle aussi issue d’une seule source secondaire (trashbox.ru)  et les prochains relevés diront si la part des machines effectivement au travail rejoint la part facturée en industrie. Le prix du titre se saura en une séance. Le prix de l’autonomie décisionnelle, non.